By Rose Katché 

WakoldaEn 1959, sur une route désolée en Patagonie, un médecin allemand rencontre une famille argentine ordinaire qui s’apprête à ouvrir une chambre d’hôtes au bord du lac Nahuel Huapi. Dans son troisième film (après XXY et El nino Pez), Lucia Puenzo aborde un moment sombre et peu connu de l’Histoire de l’Argentine, celle de l’extradition des criminels de guerre allemands accueillis sous la présidence de Juan Peron (1946-1955) en adaptant son propre roman au cinéma. L’un de ces criminels, qui n’est autre que le célèbre Josef Mengele, va se rapprocher de la famille, notamment de la petite fille, Lilith. Il est fasciné par cette fillette qui a la particularité d’être plus petite que les enfants de son âge. En effet, elle a 12 ans mais en paraît 8. Avec Wakolda, Lucia Puenzo nous propose ici le récit intimiste d’une rencontre et d’une fascination réciproque.

Sans connaître la véritable identité de cet homme mystérieux, la famille l’accepte comme premier client, séduits par son charisme et son savoir. A mesure que le récit progresse, grandit l’emprise du médecin sur la famille. Il leur propose de faire grandir Lilith grâce à des injections d’hormones de croissance. Le père s’y oppose trouvant l’opération trop dangereuse alors que la mère se fit aux arguments du médecin et laisse le traitement commencé en secret. Lilith fera donc les frais du projet fou du Médecin d’amélioration du corps humain. On peux constater que Wakolda se rapproche d’XXY dans le traitement de la question du droit de chaque être humain à disposer de son corps et de son identité, dans le bouleversement des corps, dans la désillusion et la perte de l’innocence.

A travers Wakolda, la réalisatrice pose la question du mythe de l’eugénisme visant à modifier chez l’être humain un état génétique donné afin d’améliorer la race humaine. Est établie un parallèle entre le travail du père, artisan qui cherche à fabriquer “la poupée parfaite” et la quête démiurgique de Megele. Le nazi va même investir dans la fabrique de poupées permettant au père de Lilith de fabriquer sa création en série. Ces poupées finissent par devenir effrayantes, de par leur absence de traits distinctifs. Quant au choix des prénoms, ils ne sont pas anodins : Eva, la mère de Lilith, subit la loi divine dans la Bible comme les prescriptions du médecin dans le film; et Lilitth qui est selon la Kabbale juive, la première femme à se révolter, est encline au fur et à mesure du récit à choisir sa propre histoire, sa propre personnalité.

Présenté au Festival de Cannes 2013 dans la sélection Un certain regard, Wakolda parle d’un secret : celui d’une famille qui a héberger sans le savoir un criminel de guerre nazi. Lucia Puenzo veux mettre la population d’Argentine face à son passé. Comment l’Argentine a-t-elle pu accueillir et protéger de tels bourreaux ? A sa souffrance et sa détresse face à la violence de cette question, la réalisatrice s’interdit toute démonstration pesante et touche sa cible en privilégiant la sensibilité et l’impressionnabilité des personnages.