By Berthe Margot

Post tenebras lux carlos reygadas begin Post Tenebras Lux relate l’histoire de Juan, un architecte mexicain, fraichement installé avec sa femme, ses deux jeunes enfants, et ses chiens à la campagne. Si à première vue l’histoire peut paraître assez simple, il suffit de regarder les deux premières séquences du film pour en comprendre sa complexité. La scène d’ouverture présente une petite fille perdue au milieu d’un champ dans lequel des animaux courent autour d’elle ; cette séquence est suivie d’une scène présentant un personnage de fiction pénétrant dans une maison. Comme à son habitude, Carlos Reygadas ne se contente pas de la facilité. Ce film exaltant, violent, étourdissant est inexplicable. La richesse de ce film ne peut être relatée que par un art aussi riche que le cinéma.

Il parait primordial de souligner l’importance de l’esthétique de ce film. Carlos Reygadas utilise une lentille spéciale qui rend le contour de l’image flou. Cet effet oriente le champ de vision du spectateur. Le public a l’impression de pénétrer dans un monde imaginaire alors que les actions à l’écran paraissent bien réelles. Cet effet d’optique offre au réalisateur plus de liberté. En effet en plaçant le public sur l’étroite frontière entre imagination et réalité, le réalisateur agrandit son champ de possibilité narrative. Carlos Reygadas n’a désormais plus besoin de suivre un schéma narratif précis car, cet effet de floue indique au spectateur la complexité de Post Tenebras Lux.

De plus, la structure du film est aussi obscure et troublante que son histoire. Il apparait une certaine symétrie entre les plans tout au long du film. La scène d’ouverture présentant Rut, la fille de Juan seule dans le champ peut être mise en parallèle avec l’une des séquences finales présentant Seven s’arrachant la tête dans un champ similaire. Ces scènes sont toutes deux suivies par l’apparition de la figure animée entrant les deux fois dans la même maison. Après la séquence du champ et de la petite Rut, l’histoire commence réellement, le réalisateur lie ses personnages entre eux jusqu’au point culminant du film ou les enfants ont grandi et sont à la plage avec leurs parents. Cette scène est suivie d’un retour en arrière, le réalisateur ramène son public au point de départ du film ; l’enfance de Rut et son frère. Si le film repose sur un équilibre déjà précaire, tout s’écroule lorsque le fils de Juan encore jeune annonce la mort de son père à Seven. Le public qui a vu le père à la plage avec ses enfants adolescents doit alors s’abandonner à ce qu’offre Carlos Reygadas sans en chercher aucune signification précise.

Il me semble qu’un certain laisser­aller de la part du public est nécessaire pour apprécier pleinement ce film. Il est important de ne pas tenter de comprendre toute l’histoire, car cela réduirait le film à sa fonction narrative, alors que Carlos Reygadas s’applique à attirer notre attention sur l’esthétique luxuriante de son film. Ainsi, il est sûrement plus compliqué pour un spectateur classique d’adhérer à ce film cérébral, tandis qu’un cinéphile se laissera peut­être plus facilement emporté par la mise en scène de Carlos Reygadas.

Plusieurs fois comparer aux films de la nouvelle vague, Carlos Reygadas illustre parfaitement la pensée de Jean-­Luc Godard selon laquelle ; « Dès que les gens voient quelque chose d’un peu inhabituel à l’écran, ils ressentent le besoin absolu de fournir une explication »1 ce qui souvent réduit la portée de l’histoire. Il semble que Post Tenebras Lux est un film dont la complexité réside dans la simplicité des spectateurs.

1“ As soon as people see something a little unusual on the screen they try too hard to understand. They understand perfectly well, really, but they want to understand even more.”

Tom Milne, “Jean­Luc Godard and Vivre sa vie”, Jean­Luc Godard: Interviews, ed. David Sterritt, Jackson, MS: University Press of Mississippi, 1998.